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Blog - Page 2

  • PHOTOJOURNAL (sans image autre que les mots)

    201206 Amsterdam

    « La lumière s’est finalement éteinte toute seule »

    Comme ce néon que j’ai laissé en veille s’éteindre progressivement, après en avoir coupé l’alimentation, en quittant la salle du Karel Appel hier au Stedlijk (lire photojournal note suivante).

    Comme une bougie qui se consume lentement en pareil veillé des morts, là où je fais le deuil des images perdues hier.

    Comme ce néon en sursit, la lumière s’est finalement éteinte toute seule aujourd’hui.

    Comme en signe de deuil, elle s’est vêtue de gris toute la journée. D’un gris le plus triste.

    Comme pour se faire pardonner l’arrogance de cette armée de photons qui a envahi le corps de ma caméra sous cette éclatante lumière de la veille.

    Il ne fait pas beau aujourd’hui. Je ne filme pas non plus.

    Seule petite éclaircie dans cette journée plombée et sans lumière, comme un bon présage, je croise sur Haarlemmerdijk un homme à vélo qui convoi avec précaution une galette cinéma de 600 mètres au moins, à en juger le diamètre de la vielle sacoche ronde en cuire avec les habituelles lanières qui se croisent pour fermer. La copie 35 mm voyage à plat sur guidon entre ces mains, comme s’il conduisait un camion avec volant à plat.

    Cette vision me redonne le moral…

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  • PHOTOJOURNAL (sans image autre que les mots)

    191206 : Note de tournage du film « Amsterdam reconstruction » sur le chantier du Stedelijk Museum Amsterdam.


    « Terrible destruction de l’image, aussi, par la lumière. »

    Terribles, les vibrations du marteau piqueur dans mon dos. Je viens juste d’arriver sur le chantier de démolition du Stedelijk Museum Amsterdam. Il fait un temps à très haute acuité, ciel transpercé au bleu, grand soleil, l’air est vide de toutes particules, même si quelques nuages se pavanent à basse altitude comme autant de réflecteurs oblongs, Les ombres sont nettes.

    Louise Wijnberg (responsable du laboratoire de restauration peinture du Sdedelijk) est présente à mon arrivée. C’est grâce à elle que j’ai la possibilité de venir filmer le chantier quand je veux. Aujourd’hui, elle fait sa visite hebdomadaire pour contrôler l’état de la fresque de Karel Appel contenue dans une toute petite salle, hermétiquement close pour rester isoler du reste du monde pendant toute la durée du chantier de démolition et de reconstruction. C’est curieux cette idée que ce musée soit entièrement démoli de l’intérieur, tout en préservant intacte cette si petite pièce au centre, pour tout reconstruire ensuite autour de ce minuscule centre intact… Idée que le musée soit reconstruit autour de cette œuvre de Karel Appel, comme un joyau recevant son nouvel écrin, belle idée…

    Je reviens à l’accident. Tout en discutant avec Louise dans la grande salle du rez-de-chaussée complètement désossée, je mets en place ma caméra pour filmer un chariot qui se trouve là exposé à la lumière frisante du soleil montant, un projecteur de chantier fait face à la caméra au second plan, derrière le chariot. La lumière qui s’engouffre par les hautes ouvertures, donnant sur Museumplein, change vite, je m’empresse d’entamer un premier plan quand, soudain, la dalle de béton fait sauter en l’air de quelques centimètres la caméra. Je me retourne pour aller voir ce qui se passe dehors. Une énorme tractopelle armée, au bout de son bras en acier, d’un gros marteau piqueur est en train d’attaquer la dalle à l’extérieure. Chaque morsure de l’acier dans le béton est une secousse violente dans tout le bâtiment.

    Je décide d’interrompre le plan sur le chariot pour venir filmer cette destruction, d’autant que je spécule sur l’effet d’image tremblante que je peux obtenir, si je filme au rythme des vibrations qui secouent la dalle où j’ai placé la caméra. Je sais qu’avec cette petite seconde de temps de pose pour chaque image, les vibrations transmises à la caméra qui sautille sur elle-même à la cadence du marteau piqueur traduira de la violence des coups portés à l’image.

    Mais voilà, que tout se fendille, tout craque, à chaque attaque la dalle se soulève comme une feuille de papier puis retombe en poussière. Je maintiens la caméra pour l’aider à se reposer au sol, à peu près au même endroit, après chaque secousse. Et j’enchaîne en comptant les secondes, j’ouvre l’obturateur, je le ferme, j’avance le film etc… Louis et en retrait sur ma droite, elle fait des photos de la scène.

    Puis, l’enchaînement des secousses se fait plus rapide et plus violent. La dalle vient de se déchirer sur toute sa longueur, juste là, à cinq mètres de la caméra. Je reste concentré sur le risque d’effondrement de la caméra et de moi avec les gravas. Mais la caméra s’en fiche, elle danse tressautant sur ces trois pieds, et moi je filme, quoi qu’il arrive…

    Soudain, la catastrophe. Ma main droite recueille dans son creux le capot de la caméra. Et le temps de la compréhension est long à ce moment précis. Comprendre que la violence et la répétition des vibrations auxquelles la caméra est soumise depuis un quart d’heure a fini par avoir raison du loquet de verrouillage du capot de la caméra. C’est très long le bref instant qu’il vous faut pour vous persuader que le compartiment film de la caméra est bien ouvert, et que les trente mètres de film profitent aussi du beau temps et de cette si belle lumière hollandaise en hiver…

    Dans ces moments là, il faut pouvoir contrôler les émotions. Il faut surtout savoir les classer selon l’urgence. Ça veut dire évacuer l’émotion qui vous terrasse en pensant immédiatement à tout ce qu’on vient de perdre de travail et de poésie, ravagé par la lumière, car la priorité est de convoquer toutes le émotions pour canaliser son énergie à refermer d’urgence le capot, comme si de rien n’était… Surtout, comme si de rien n’était, car l’idée que cet accident puisse ne rien avoir gâcher vous aide à viser juste au moment où le capot doit s’enclencher au plus vite, dans la cornière en « U » du corps de la caméra, permettant l’étanchéité et la fermeture du loquet de verrouillage…

    C’est après qu’on a tout le temps de s’inventer des histoires pour lutter contre les remords qui vous assaillent, et je passe les détails la liste en serait trop longue… Juste j’imagine que dans ces conditions particulières, il se peut que le voile de lumière n’ai affecté qu’une tranche du film, créant au pire une zone surexposée seulement d’un côté de l’image. Et je me dis que peut-être cet accident sera utilisable dans le film. Une fois de plus je suis dans l’attente et le doute de l’expérimentation.

    Le comble dans cette histoire, c’est que Louise Wijnberg soit venue ce jour même, pour placer dans la salle de Karel Appel des détecteurs de vibration pour contrôler que les travaux de démolition ne nuissent pas trop à la fresque… Et c’est dans cette même petite salle, comme dans une crypte, que je me suis réfugié pour aller décharger ma caméra du film voilé à cause des vibrations. Je n’avais pas d’autre lieu pour déballer, sur une table propre, mon manchon pour cette manœuvre. Et je me suis retrouvé seul, entouré pourtant des personnages hauts en couleur de Karel Appel et d’appareils à mesurer l’humidité, la température et les vibrations, dans cette crypte propice au recueillement. Les deux bras enfoncés dans le manchon à manipuler à l’aveugle ce film, et de penser à toutes ces images entre mes doigts que j’ai filmé depuis le 11 octobre 2006 jusqu’à aujourd’hui, aurais-je la force d’en dresser la liste ici ? Peut-être pas de suite, la béance de la lumière est encore trop forte en ma mémoire. Mentalement je me refuse au souvenir, ça me fait trop mal. C’est comme un cambriolage, c’est avec le recul du temps qu’on se souvient de ce qui manque, et c’est à rebours que ça vient méchamment heurter la mémoire.

    Non, je ne veux pas me souvenir de ma mémoire. Contrairement à Alexandre Bertrand l’énigmatique poète sans abri rencontré, avec François Bon pour « La douceur dans l’abîme », à Nancy il y a huit ans. Il avait commencé par nous dire (après un long refus d’écriture) la chose suivante : « Je vais me souvenir de ma mémoire. » Et bien moi je préfère ne pas trop me souvenir de ma mémoire… Juste je me souviens des dernières recommandations de Louise pour tout éteindre avant de partir et de cadenasser la porte. Plus particulièrement, de son attention à prendre soin de me prévenir de ne pas m’inquiéter si au moment où je débrancherai la prise d’alimentation du bloc d’éclairage celui-ci restait encore allumé. C’est normal pour ces éclairages à condensateur, ils accumulent l’énergie et continus à alimenter, plus faiblement, les tubes fluorescents lorsque que le courant est coupé. C’est une sécurité en cas de coupure, on ne reste pas plongé dans le noir de suite. Et moi je repense à toute cette énergie que sont les photons, et que ma caméra a accumulé, et quelle sera l’étendue des dégâts après une telle illumination. Comme ce néon qui refuse de s’éteindre, je vois les photons qui se propagent au cœur de l’émulsion pénétrant les couches les plus à l’abri de la lumière, par la tranche de la bobine alors que le capot est à présent bien refermé… Ironie du sort ?

    En refermant la porte je laissais donc ce néon se consumer graduellement avant de replonger la fresque dans l’obscurité de la crypte salvatrice, et je suis allé filmer un très long travelling dans une donne moitié du musée au 2ème étage, comme pour me donner autre chose à penser…

    Heureusement qu’ils étaient là les bonshommes de Karel appel avec leur sourire et leur bonne humeur pour me consoler de toute cette démolition de l’image, aussi, par la lumière.

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  • PHOTOJOURNAL (sans photo autre que les mots)

    281106

    « Ma voix aura le dernier mot »

    C’est la Mairie de Paris qui vous le fait dire et peut-être penser, avec sa campagne de communication pour vous inciter à vous inscrire pour voter à la prochaine Présidentielle. Belle leçon de démocratie ! Quel civisme que cette réclame…

    « Ma voix aura le dernier mot »

    « Pas sûr » moi je dis. Je vois mal comment ma voix peut avoir le dernier mot si je n’ai pas voté pour le candidat élu. Soyons raisonnables, et qu’en pense le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP) ? Rien. Sans doute, le géni de nos publicitaires « devarrieuxvillaret » (ils s’y mettent à deux pour dire cette connerie, et comme pour mieux la soutenir la signe d’un seul mon réunissant les deux, sans espace, sans trait d’union…) leur géni est dans le « Ma » de « Ma voix aura le dernier mot », inscrit dans une bulle de bande dessinée . Ici c’est vous qui le dite, pas la Mairie, donc c’est inattaquable.

    Je ne comprends pas non plus le choix de cette formule de la langue française qui implique un rapport de force, avec au moins deux personnes qui discutent entre elle… Mais avec qui parlez-vous dans l’isoloir ? Non soyons sérieux.

    Douteuse confusion. D’un côté nous avons l’un des rares exemples de la langue française où la notion de dernier exprime la victoire, dans le choix de cette formule empruntée (avoir le dernier mot), sans même se préoccuper, de l’autre côté, du sort des perdants (ceux qui n’auront pas eu le dernier mot). Ça risque de provoquer un gros pourcentage de névrose d’échec, en augmentation, au lendemain du résultat. Je vois d’ici, la déception de la voix qui n’aura pas su lire la réclame certaine d’avoir le dernier mot, comme promis. Et l’incompréhension que c’est, comme un lendemain de cuite.

    Bon, Il ne faut pas déconner. Il faut juste aller s’inscrire & aller voter.

    Faire de la photographie, c’est aussi apprendre à lire…





    PS : Même si je fais des fautes d’orthographe de temps en temps…

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  • PHOTOJOURNAL (sans photo autre que les mots)

    261106

    Faites en vous-même l’expérience de l’homme invisible.

    J’avance droit au milieu de la foule. De préférence je prends une rue où il y a beaucoup de monde. Je fixe mon regard loin devant. Je me force à regarder, en amont, des pieds à la tête chaque personne que je croise. Je garde même pour chacun un d’eux un détail (le plus souvent insignifiant) en mémoire tout en contrôlant le regard de l’ensemble de cette foule que je transperce d’un pas agile. Je passe en mode :« vision périphérique ». Ça devient excitant. Parce que je peux voir, en même temps, tous les visages que mon champ de vision englobe à présent. Au fur et à mesure, que je remonte ce flot de regard anonyme, j’ai la sensation de devenir invisible. C’est incroyable. Dans cet effort à croiser un regard éventuel, je ne croise que des têtes baissées, des regards ailleurs, ou dans de bien trop lointaines discussions (avec eux-mêmes ou à 2, à 3…). Je ne croise aucun regard qui pourrait dire qu’il m’a vu. Le pas devient agile car il faut même savoir esquiver d’un pas rapide sur le côté tellement on n’a pas été vu. Les corps se frôlent, et toujours aucun regard ne trahit ma présence au monde. L’impression d’être invisible. Et pourtant je suis grand dans une foule, je ne dois pas passer inaperçu. Et je continu. J’avance. Et je continu, j’observe tous ces visages du coin de l’œil, comme un scanner aucun ne m’échappe, je balayai tout du regard et rien ne me parle. Je pourrai aussi ne pas être là, ça n’y changerait rien à leur déambulation à eux.

    Mais que regardent-ils ?

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  • PHOTOJOURNAL (sans photo autre que les mots)

    241106

    J’y suis résolu. Cela fait déjà six mois que nous sommes installés dans notre maison à Amsterdam, et toujours pas de laboratoire dans « la vitrine » de la maison (j’y reviendrai). C’est comme si j’étais borgne, comme si je voyais très bien d’un œil ce que je veux photographier, mais impossible de voir avec l’autre œil le résultat de mes pulsions scopiques sans passer par le laboratoire, développement & tirage argentique, sans y mettre les pattes. Je suis comme séparer de l’acte photographique, hors mi quelques bobines 120 que je charge de temps en temps dans mon Rolleiflex pour accompagner une balade improvisée dans la ville, ou simplement capturer une ombre furtive dans la maison... Ces bobines s’accumulent dans le premier tiroir de mon meuble de dentiste où j’archive alphabétiquement les négatifs de mes séances de portrait. Je ne note même plus ce que c’est, c’est tout pareil dans le D-76* : temps de base à 20° plus une minute, sauf la T-MAX 400 quand je la pousse à 1600 iso, là je note pour séparer au développement, c’est plus long. Et puis j’aime bien ne pas savoir ce que je développe jusqu’au moment où je déroule le film de sa spire en acier inoxidé, et de me souvenir alors du sujet photographié que je découvre enfin. J’aime la montée d’impatience qui s’empare de moi à ce moment, impatient de voir la suite et que la spire 6X6 suivante que je sors du rinçage me révèle une autre séance et elles sont toutes mélangées les bobines. Le pire c’est quand il faut attendre le développement d’une autre fournée pour connaître enfin la suite de l’histoire photographiée. Ces moments sont privilégiés et très intimes, alors on raconte pas tous les jours.

    J’y suis résolu. Non pas de ne pas avoir de laboratoire pour voir sur papier baryté au gélatino bromure d’argent le résultat de mon regard. Ça, j’en fais mon affaire et puis j’ai assez à faire avec la réalisation du film sténopé sur Amsterdam (et de me trouver du boulot) pour ne pas trop penser à la photographie. En revanche, cet éloignement du Roleiflex me laisse entrevoir la vision du « nouveau monde » qui m’entoure, et comment je souhaite l’aborder du regard. Ce temps de la frustration devient le temps de l’élaboration d’un désir de regard.

    J’y suis résolu. Ce temps du regard doit passer par l’écriture puisque le temps de l’image argentique est en suspend. Et puis il y a la pression de l’ami Bon qui, à presque chaque mail, me demande quand est-ce que j’alimente mon blog de mes impressions hollandaises…

    J’y suis résolu. Et je me dis qu’ici, lentement un peu chaque jour, je peux enregistrer avec les mots ce que je vois comme photographie de la ville, de ma rue, de ma maison (puisque j’ai décidé de faire de ma maison un travail photographique en permanence, mais j’y reviendrai aussi…).

    J’y suis résolu. Je m’y mets dès demain, aujourd’hui est mon dernier jour de vacance de l’œil…

    j’y suis résolu et je ne peux m’en défaire et pour ne pas antidaté l’histoire qui suit (car ça c’est passé avant hier et je ne pourrai pas la raconté demain). Je revois les jambes en coton blanc du peintre en bâtiment dans la vitrine rouge, celle de gauche, qui chorégraphient une drôle de danse d’où je l’appréhende de mon bureau au deuxième étage. C’est étrange, il est tôt le matin et déjà ce peintre qui occupe à lui tout seul l’espace de cette cabine où les femmes attendent les hommes jour et nuit. Tout est vide. Plus un seul élément de décors. Et ce blanc partout, fortement éclairé par les lumières blanches qu’il a amené, lui, le peintre dont je ne vois que le pas chassé croisé qui accompagne le mouvement de la main qui pilote le rouleau. C’est net et propre. La porte reste ouverte pour aérer et que ça sèche plus vite. Il est tôt le matin environ 8H00 et lui le peintre, il a presque fini de repeindre tout en blanc, il replie la bâche au sol, nettoie son matériel et s’en va à d’autres chantiers dans la ville…

    Quelques heures seulement après, en revenant de déjeuner, c’est de nouveau occupé par une fille dans la vitrine rouge, celle de gauche. J’imagine l’odeur de la peinture en plus à midi. Non je n’imagine rien, je suis bien trop amusé à penser à tout ce blanc fraîchement étalé à peine sec et déjà barbouiller de rouge par les néons. Il aurait bien pu peindre de suite en rouge le peintre en bâtiment ?

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